À l'annonce de mes portraits de femmes pour le 8 mars, un collègue m'a dit : l'autre jour dans le tram, j'ai rencontré une ancienne prof de mon fils, tu devrais faire sa connaissance...c'est un personnage ! De toute évidence, elle a laissé un grand souvenir parmi ses anciens élèves. Quelques recherches et je parviens à retrouver sa trace et obtenir son contact. Rendez-vous est pris pour jeudi. Me voici dans sa rue, celle de l’église.

Comme j'étais allée trop loin, (je cherchais le numéro 4 au lieu du 5), j'entends une voix derrière moi qui crie « hé oh, coucou ! » … Nous y voilà.

Alors qu'elle me fait entrer, la cloche de l'église sonne deux heures et demie.

Christine, retraitée de l’Education Nationale depuis 9 ans, parle avec enthousiasme et ne manque pas d’anecdotes sur ses combats menés durant toute sa carrière.

Elle revient sur son enfance difficile : une mère souffrante en permanence – un père ouvrier métallurgique très modeste- cultivé et intelligent qui lui a transmis le goût de la lecture.

« C’est l'école qui m'a sauvée, grâce à elle, j'ai découvert un univers de mots (et de maux) et ce sont eux qui me permettent de me tenir debout. J’ai pris la passion pour la poésie qui est un regard sur la vie.

Après ma licence, j'ai plongé dans l'Education Nationale en tant que auxiliaire pendant 3- 4 ans. Je n'y connaissais rien, c'était dans les années 1968, je ne savais même pas qu'il y avait un programme et j'ai fait selon mon idée. J'étais passionnée et j’ai un souvenir terrible de ma première classe de 4èmeAB1 (13 à 17 ans) avec qui j’ai fait des trucs extraordinaires !

À l'évocation de cette vie trépidante, Christine s'exclame, explique, s'enflamme ! Le fait d'en parler lui fait presque revivre toutes ces aventures ! La cloche de l'église retentit à nouveau... je ne vois pas le temps passer.

« Après ma titularisation, je suis arrivée au lycée Charles Deulin à Condé. Ce fut le début d’une magnifique période qui a marqué toute ma vie.

J’ai monté un club théâtre pendant 5 ans, psychédélique et complètement engagé pour l'époque. J’ai aussi instauré les joutes oratoires, qui sont des débats entre jeunes sur des sujets de société, qui développent le respect, l'écoute, l'arbitrage. Et aussi les parrainages pédagogiques (monitorat élève-élève). On a eu des résultats incroyables d'élèves qui avaient fait d'énormes progrès !

Trois heures et demie sonnent à l'église. Christine continue son récit.

« Quand j’ai pris ma retraite en 2010, mes anciens élèves étaient venus de partout, du sud, de Paris, les autres m'avaient écrit, et ils m’ont fait la surprise de me jouer une petite pièce de théâtre. Et là je me suis dit que ma vie était réussie ! ».

Et comme elle n’est pas du style à se laisser vivre, elle a enseigné le français et le théâtre bénévolement pendant 6 ans à un public de jeunes en difficulté. Dans cette démarche, elle a retrouvé une éthique qui lui ressemble et qui lui a permis de prolonger sa vie d'enseignante.

De l’école à la vie citoyenne, il n’y a qu’un pas que Christine franchit en rejoignant le Comité des Sages en 2015 à Condé, devenu depuis l’Espace Citoyen du Pays de Condé. Avec eux, elle mène des actions engagées basées sur la citoyenneté et le bien de la communauté.

Elle bouillonne d’idées à réaliser : « j'aimerais créer des référents de quartier, on pourrait débuter avec un petit groupe et apporter de la solidarité dans le quartier, être là pour les gens, faire les courses, il y a plein de choses à faire, réparer au lieu de jeter, instaurer des armoires aux dons, développer le marché des producteurs locaux ».

Elle termine par une phrase qui apporte du sens à son engagement : « avant de te demander ce que la société peut faire pour toi, demande toi ce que tu peux faire pour elle ».

Une chose est certaine, Christine a fait beaucoup pour les autres !

À la fin de notre conversation, elle me propose une tasse de café. Oui avec plaisir ! Elle s'approche de l'escalier pour appeler sa sœur qu'elle avait « expédiée » dans sa chambre et qui attendait sagement la fin de l'entretien. Elle ne nous en a pas voulu car elle nous a préparé un excellent café. Quand je les ai quittées, la cloche sonnait quatre heures !

 

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